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Les obligations des très grandes plateformes (VLOP)

Le Règlement (UE) 2022/2065 (DSA) établit un régime asymétrique : plus la plateforme est grande, plus ses obligations sont strictes. Au sommet de cette pyramide se trouvent les très grandes plateformes en ligne (VLOP — Very Large Online Platforms) et les très grands moteurs de recherche en ligne (TGMRL), soumis aux obligations les plus contraignantes du règlement et supervisés directement par la Commission européenne.

Qu'est-ce qu'une VLOP ?

Une très grande plateforme en ligne (VLOP) est une plateforme d'hébergement désignée par la Commission européenne en raison de son audience massive : au moins 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'UE (soit environ 10 % de la population de l'UE). Les fournisseurs atteignant ce seuil doivent le notifier à la Commission, qui procède à la désignation formelle.

VLOP désignées à ce jour (liste non exhaustive) :
  • Réseaux sociaux : Facebook, Instagram, TikTok, X (ex-Twitter), LinkedIn, Pinterest, Snapchat
  • Plateformes vidéo : YouTube
  • Places de marché : Amazon Marketplace, Zalando
  • Moteurs de recherche (TGMRL) : Google Search, Bing
  • Autres : Wikipedia, AppStore d'Apple (contesté)
Le régime VLOP s'ajoute aux obligations applicables à toutes les plateformes d'hébergement — il ne les remplace pas.

Évaluation et atténuation des risques systémiques (articles 34 et 35)

C'est l'obligation phare des VLOP. Elles doivent identifier, analyser et évaluer chaque année les risques systémiques liés à leur fonctionnement, notamment :
  • La diffusion de contenus illicites (haine en ligne, désinformation, CSAM).
  • Les effets négatifs sur les droits fondamentaux (vie privée, liberté d'expression, non-discrimination).
  • Les risques pour les processus électoraux et le débat démocratique.
  • Les effets négatifs sur la santé mentale des utilisateurs, notamment des mineurs.
À cette évaluation doit succéder un plan d'atténuation des risques (article 35), comprenant des mesures raisonnables et proportionnées : adaptation des algorithmes de recommandation, renforcement des systèmes de modération, outils de protection spécifiques pour les mineurs.

Transparence des systèmes de recommandation (article 38)

Les VLOP qui utilisent des systèmes de recommandation algorithmique doivent proposer aux utilisateurs au moins une option de recommandation non fondée sur le profilage. Autrement dit, l'utilisateur doit pouvoir choisir de voir du contenu non personnalisé.

Les VLOP doivent également publier, dans leurs conditions générales, une description claire et intelligible du fonctionnement de leurs systèmes de recommandation, notamment :
  • Les paramètres principaux utilisés.
  • La possibilité pour l'utilisateur de modifier ou désactiver ces paramètres.

Audit indépendant et accès aux données (articles 37 et 40)

Audit annuel obligatoire (article 37) : les VLOP doivent se soumettre à un audit indépendant annuel portant sur le respect de leurs obligations DSA, notamment l'évaluation des risques et les mesures d'atténuation. Le rapport d'audit est transmis à la Commission.

Accès aux données pour les chercheurs (article 40) : les VLOP doivent donner accès à leurs données aux chercheurs accrédités qui en font la demande, pour leur permettre d'étudier les risques systémiques. Cet accès est encadré (confidentialité, finalités de recherche) mais représente une rupture avec la pratique antérieure de cloisonnement des données.

Publicité ciblée (article 39) : les VLOP sont tenues de publier un registre accessible au public de toutes les publicités diffusées, incluant l'annonceur, la période de diffusion et les critères de ciblage utilisés. Le ciblage fondé sur des données sensibles ou ciblant les mineurs est interdit.

Supervision par la Commission européenne

Contrairement aux autres fournisseurs supervisés par les CSN nationaux, les VLOP relèvent directement de la Commission européenne, qui dispose de pouvoirs étendus :
  • Accès aux algorithmes, aux données internes et aux systèmes des VLOP.
  • Pouvoir de mener des enquêtes et d'imposer des mesures conservatoires en urgence.
  • Sanctions : jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial annuel en cas de violation.
  • En cas de violation grave et répétée : possibilité d'interdire temporairement l'accès au service dans l'UE.
Les CSN nationaux conservent un rôle d'assistance et peuvent, en cas d'urgence, ordonner des mesures provisoires au niveau national.

Articles clés à connaître

  • Article 33 DSADésignation des VLOP et TGMRL : seuil de 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'UE.
  • Article 34 DSAÉvaluation annuelle des risques systémiques : contenus illicites, droits fondamentaux, processus électoraux, mineurs.
  • Article 35 DSAMesures d'atténuation des risques : proportionnées, raisonnables, documentées.
  • Article 37 DSAAudit indépendant annuel sur le respect des obligations DSA, transmis à la Commission.
  • Article 38 DSASystèmes de recommandation : obligation d'offrir une option non fondée sur le profilage.
  • Article 40 DSAAccès aux données pour les chercheurs accrédités étudiant les risques systémiques.

💡 Exemple concret

En 2023, la Commission européenne a ouvert une enquête formelle contre X (ex-Twitter) pour manquements au DSA. Reproches principaux : insuffisance de l'évaluation des risques liés à la désinformation, opacité des systèmes de recommandation, et non-respect des obligations de modération des contenus illicites. C'est également sous le DSA que TikTok a été contraint de déployer des protections renforcées pour les mineurs et de rendre ses algorithmes partiellement auditables par la Commission.

Pièges à éviter

  • Les VLOP ne sont pas exemptées des obligations générales du DSA : elles s'y ajoutent, ne s'y substituent pas.
  • Le seuil de 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'UE est une moyenne sur 6 mois — pas une mesure ponctuelle.
  • Ne pas confondre VLOP (plateformes d'hébergement) et TGMRL (moteurs de recherche) : même régime renforcé, mais désignations distinctes.
  • L'obligation d'option non profilée (article 38) ne signifie pas que la personnalisation est interdite — seulement qu'une alternative doit exister.

L'essentiel à retenir

  • VLOP : désignée par la Commission européenne dès 45 millions d'utilisateurs actifs/mois dans l'UE.
  • Obligation phare : évaluation annuelle des risques systémiques (art. 34) + plan d'atténuation (art. 35).
  • Audit indépendant annuel obligatoire (art. 37) + accès aux données pour les chercheurs (art. 40).
  • Recommandation : option non fondée sur le profilage obligatoire (art. 38).
  • Supervision directe par la Commission européenne — sanction jusqu'à 6 % du CA mondial.